Il touche presque à sa fin, et cela n’a plus trop de sens d’écrire un billet là-dessus. Mais tout de même, au pire j’y repenserai l’année prochaine, et je saurai alors mieux expliquer ma démarche.

Chaque entrée en Carême est l’occasion de se demander à quoi ça sert. Et c’est une très bonne chose : car chaque année j’approfondis la compréhension de cette merveilleuse démarche (et je me réjouis d’avance de découvrir ainsi d’autres choses dans un an).

Cette année, je ne sais pourquoi, l’interpellation m’est venue conjointement du web et de la radio, sous la forme : « les protestants ne font pas le Carême :  pourquoi se limiter à faire des efforts 40 jours par an ? C’est toute l’année qu’il faut en faire. »

C’est parfaitement vrai : c’est toute l’année que nous devons nous efforcer de progresser vers la sainteté et vers le Père. Mais formuler cette objection au Carême, c’est croire que les « efforts » sont un objectif du Carême. C’est faux : ce sont des moyens.

Peu de fêtes catholiques sont ainsi précédées d’un temps de préparation : Noël, avec l’Avent — et Pâques, avec le Carême. Pour une raison bien simple : parce que c’est vraiment dommage d’arriver comme une fleur le dimanche de Pâques sans avoir pris le temps de méditer ce profond et magnifique mystère de la Résurrection.

Venir simplement à la messe de Pâques, ou se préparer à cette fête 40 jours à l’avance représente une différence bien plus considérable que de venir à la messe « ordinaire » en ayant lu au préalable les textes liturgiques, ou sans les avoir lus.

Bref, ces « efforts de Carême » sont là uniquement pour nous aider à tendre notre esprit vers la Résurrection. C’est un temps de méditation et de préparation spirituelles.

La question est donc : comment se préparer au mieux à une telle fête ? Comment, en dépit du quotidien qui nous harcèle, nous sollicite, nous divertit ou nous passionne, vivre en plus ce temps de préparation ? En essayant de s’en dépouiller un peu, d’y renoncer, pour faire un acte de volonté qui montre quelles sont ou devraient être les priorités.

L’Eglise nous propose des « outils » que les siècles ont validé par l’expérience des chrétiens qui les ont pratiqués. Il est évidemment possible, et souhaitable, à chacun, de suivre sa propre démarche, en réfléchissant à son cas personnel, à ses dépendances propres, etc. Mais il me semble que c’est un signe fort d’humilité d’accepter aussi, malgré des réticences naturelles, malgré un manque de conviction possible, ces moyens traditionnels : le jeûne, la charité (le don aux pauvres) et la prière.

Et je me permets de reproduire ici la citation de John Newman donnée sur ce billet :

Changer nos coeurs signifie d’apprendre à aimer des choses que nous n’aimons pas spontanément – et désapprendre l’amour de ce monde, ce qui suppose d’aller à l’encontre de nos désirs et goûts naturels. Être juste et obéissant nécessite la maîtrise de soi. Pour la posséder, nous devons la conquérir, et nous ne pouvons la conquérir sans une lutte continue contre soi-même. Le fait même d’être religieux implique le renoncement à soi, car nous n’aimons pas spontanément la religion. […]

Qu’est ce que jeûner, sinon s’abstenir de ce à quoi nous pouvons légitimement prétendre ; pas simplement de ce qui nous pousse au péché, mais aussi des choses innocentes ? De ce pain que nous pourrions légitimement prendre et manger avec reconnaissance, mais qu’à certains moments nous nous refusons, comme renoncement à soi. Voici ce qu’est le renoncement à soi pour le chrétien : pas une simple mortification du péché, mais une abstinence, même des bénédictions de Dieu.

Donc oui, je suis d’accord avec les protestants : c’est toute l’année qu’il faut s’efforcer d’être bon. Mais se préparer à Pâques toute l’année ?