Il y a quelques semaines, France Culture a annulé brutalement la rediffusion des conférences de Carême données chaque année (et diffusées chaque année) à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les conférences de Carême sont des moment forts dans l’année liturgique, de catéchèse pour adultes, permettant à des catholiques de tous « niveaux » de pratique d’approfondir leur foi, de se former, sans forcément s’impliquer dans un groupe actif et structuré sur leur paroisse (le genre de choses qui fait peur, parfois…).

Leur rediffusion sur France Culture existe depuis 1946. L’annulation de ces diffusion est motivée par la crainte, brutalement apparue, de voir des représentants d’autres religions réclamer la même chose à leur tour, au nom de l’égalité de traitement des cultes dans un État laïque.

A la différence de 1946, n’importe quel catholique peut tout de même, grâce à Internet, accéder à ces conférences sans avoir à se rendre à Paris tous les dimanche de Carême, soit au texte, soit en direct sur Radio Notre-Dame.

Quel lien avec Jacques Chancel ?

Ce matin, il est l’invité de France Culture, et en réaction à une chronique d’Alain-Gérard Slama portant sur les conditions privilégiées de concours données à des étudiants juifs (décision finalement annulée), il déclare être d’accord avec le journaliste qui réclamait que des autorités juives, et/ou des personnalités des médias connues comme juives, prennent fermement et publiquement position contre de telles traitements de faveur, à destination d’une population d’ultras non représentatifs de la communauté juive française.

Et Jacques Chancel acquiesce, en ajoutant que, « de même que les musulmans ne condamnent jamais les terroristes… »

Pourtant… (et ce n’est qu’un exemple)

Donc

  1. les conférences de Carême sont toujours accessibles, mais désormais diffusées exclusivement sur des médias confessionnels
  2. Jacques Chancel ne lit pas la presse musulmane, les sites à destination de la communauté musulmane de France (oumma.com, saphirnews, etc.)
  3. les journalistes, intellectuels, représentants, d’une certaine manière les porte-parole de la communauté musulmane ne sont pas « invités » dans les médias non confessionnels, les médias nationaux traditionnels pour exprimer qu’ils sont français comme le reste de la population

En excluant l’expression religieuse des canaux de communications « normaux », on ne lui permet d’être diffusée que dans des médias que seule leur propre communauté consulte. Ceux qui n’en font pas partie n’en prennent pas connaissance, et ne s’en font une opinion que sur la base de ce qui leur est dit dans ces canaux normaux, par des personnes qui n’en font pas partie.

Bref, il aurait fallu continuer la diffusion des conférences de Carême sur France Culture. Et si des membres du Conseil français du Culte musulman, ou des recteurs de mosquées de grandes villes, venaient solliciter une possibilité équivalente (si tant est que, comme le rappelle d’ailleurs Mgr Vingt-Trois, une telle équivalence existe), il ne serait sans doute pas inintéressant, pour Jacques Chancel et pour bon nombre d’autres Français non-musulmans, de la leur accorder.

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Je l’écrivais ici : vu de l’extérieur, n’importe qui peut ressembler au Mal incarné.

Du coup, on est prêt à croire n’importe quel propos de la part de Benoît XVI. Et n’importe quel extrémisme de la part de musulmans.

En commentaire, Tigreek se demandait comment « quel discours on peut avoir pour contrer cette intolérance ». Voici la réponse : au lieu de considérer ces communautés de l’extérieur, lisez un peu ce qu’elles écrivent elles-mêmes d’elles-mêmes.

Ainsi, la Malaisie interdit désormais à tout non-musulman de prononcer le mot « Allah ». J’entends déjà les conclusions : voyez où nous mène l’Islam, à toutes les intolérances…

C’est ce que la lecture de ce genre de billet (tiré du Figaro) incite à faire (attention : je ne prétends pas que son auteur le fait lui-même. Je constate simplement que les commentateurs du site du Figaro sont remarquables pour cela, et même caricaturaux).

Je vous propose de changer de source, et voir ce qu’en disent des musulmans français.

Voilà. Ce que nous devrions faire pour favoriser la compréhension mutuelle ? Ne pas lire que des sources franco-catholiques… Personnellement, je suis abonné aux fils RSS des sites suivants (je compte bien allonger progressivement cette liste) :

Attention : je ne recommande pas ces sources, j’explique simplement où j’en suis, j’explique ma démarche. Je ne connais pas les différentes mouvances musulmanes qui peuvent exister en France et à laquelle chacun de ces sites se rattache. Après quelques recherches je suis tombé sur celles-là, et je découvre progressivement, au gré des actualités.

Si vous en avez d’autres à me recommander, je suis preneur.

J’ai reçu ce matin par mail le contenu de cette page : un ensemble d’affirmations invérifiables (la mention des sources n’en est pas : il n’y a pas de lien direct, qui ira vérifier ?) et présentées comme des comportements généralisés.

Ce message illustre, côté musulman, exactement ce qui se passe pour les catholiques et le Pape : on peut être prêt à avaler n’importe quoi sur quelqu’un ou sur une communauté, si on part du principe que, de toute façon, de leurt part, tout est possible…

Voyez par exemple ce qu’en pensent les premiers intéressés (des musulmans) sur ce forum.

Ce qui me désole le plus, c’est que les personnes qui colportent ce message sont de bonne foi — et que très souvent elles sont de bonne foi chrétienne…

Cela me rappelle avoir entendu Bernard Kouchner, si sévère à l’égard des propos du Pape, demander au journaliste qui l’interrogeait sur le discours de Sarkozy à Dakkar (et le « ‘pardon » de Ségolène Royal) : « cette phrase doit être remise dans son contexte. » (sur RTL, interview de Jean-Michel Aphatie, le 7 avril 2009).