Aujourd’hui, les Français sont en train de voter pour désigner leur nouveau président de la République, avec selon toutes les apparences la victoire de François Hollande.

C’est l’occasion de revenir sur les semaines passées et différentes réactions qu’elles ont fait germer en moi, mais plus généralement dans l’électorat catholique

Que choisit-on ?

On a longuement débattu sur les méfaits de chacun des deux candidats : rejeter l’étranger (ou toutes autres sortes de boucs émissaires : le chômeur, le profiteur des allocs, le musulman, etc.), ou fragiliser le vieillard et le futur nouveau-né ? Certains ont choisi l’abstention, ne pouvant se résoudre à ce choix de Sophie.

D’autres, dont Koz, ont généralement décidé de hiérarchiser les différents poids de la balance, et estimer – la rage au coeur parfois – que le vieillard et l’embryon pesaient plus lourd.

Pourtant l’élection ne va pas désigner le gouvernement, ni même le chef de ce gouvernement : il va décider le président de la République, qui est censé n’être rien d’autre que « le garant des institutions », l’incarnation de l’Etat. Autrement dit, du point de vue constitutionnel, c’est plus une figure institutionnelle que politique.

Certes, Sarkozy a de fait dirigé la politique française depuis 5 ans, mais cela ne signifie pas que son successeur, non plus que les Français en général, soient liés par cette stratégie.

Bien sûr, je suis lucide : le président a le plus souvent un rôle important dans les différentes actions politiques menées en France. Pourtant il n’est rien sans un gouvernement, qui dépend lui-même de l’assemblée.

Bien sûr, on peut penser que si la France vote pour François Hollande, elle lui donnera dans la foulée une majorité législative et donc un gouvernement prêt à appliquer son programme. Pourtant, institutionnellement ce n’est pas inscrit dans le marbre, et un vote n’engage pas l’autre.

Tout ça pour dire qu’un catholique peut ne pas mériter d’être voué aux gémonies par son curé pour avoir voté à gauche aux présidentielles : il a désigné celui qui lui semble le plus à même de représenter la France, pas celui qui va la gouverner.

Pourquoi les catholiques sont-ils si peu à gauche ?

J’ai entendu et lu cette question de manière récurrente. La dernière en date ici : « Il me semble que le Christ prônait la modestie, la générosité, la compassion (notamment envers les pauvres et les vagabonds), la méfiance envers les richesses terrestres et repoussait les « marchands du temple ». Il me semble également que la présidence de Nicolas Sarkozy se basait sur d’autres principes. »

Au passage : cette remarque sur le fait que « le Christ était plutôt de gauche » vient plutôt de gens de gauche, qui ne sont généralement pas chrétiens.

Maintenant, imaginons un homme qui se dit de droite, mais qui ira dire à l’UMP : « Il faut accepter le mariage homo, l’euthanasie et le mariage homosexuel ». Je doute fortement que l’UMP lui répondra : si vous affirmez ça, vous n’êtes pas de droite ». En réalité, si l’homme prône par ailleurs le libre échange, la responsabilisation, la diminution des aides sociales ou le « vrai travail », il sera le bienvenu avec ses désaccords.

Maintenant, voyez ce qui se passe avec des gens qui se disent de gauche mais par ailleurs demandent une politique moins favorable à l’avortement, à une mise en équivalence du mariage homosexuel, et à l’euthanasie. Ces gens sont les Poissons roses. Et vous pouvez lire ici (blog de Sébastien Gros) ou là (article de Rue89) ce qu’en disent d’autres gens de gauche (commentaires sur Rue89) :

  • C’est pas demain que je les appellerais « camarades ».
  • cathos de gauche j aime pas trop , c est comme anarchomodem difficile à cerner.
  • Mes parents étaient des cathos de gauche. Ils ont fini par comprendre qu’il fallait être soi catho soi de gauche. Les personnages décrits dans cet article sont les idiots utiles d’une église catholique irrémédiablement de droite.
  • Ca sent plutôt les évangélistes tant sur le discours que sur le symbole,
    Ces gens sont de vrais danger pour la république, il vaudrait mieux ne pas les laisser infiltrer le PS
  • Et ça ressemble aussi à une grand cellule de soutien psychologique : enfant trisomique ? Vieux parent à la maison ? Libido pressante ? Ne vous inquiétez pas, on va vous envoyer quelqu’un qui va vous parler et tout ira bien après.

Autrement dit : les catholiques ont du mal à être de gauche parce que la gauche se définit elle-même à la fois sur les choix sociaux (redistribution des richesses) et sociétaux (euthanasie, avortement, mariage homosexuel). Donc elle ne veut pas de ces gens qui se prétendent de gauche mais n’adhèrent pas à la deuxième partie.

Résultat : on se retrouve à droite sans adhérer à la vision économique de la droite…

Du vote au choix, en passant par la liberté

Les commentateurs sur Rue89 dénonçaient une hypocrisie du discours des Poissons Roses. Pour ma part, j’y ai trouvé une démarche intéressante : plutôt que d’écrire « Nous sommes contre l’avortement », ils disent « Nous voulons faire en sorte que la jeune fille enceinte ait la possibilité de garder son enfant si elle le souhaite ».

Décryptant aisément ce qui serait le message d’une Eglise catholique rétrograde, conservatrice, et pro-life, les commentateurs réclament : « Dites carrément que vous êtes contre l’avortement, ce sera plus honnête. »

Pourtant la question mérite qu’on s’y arrête.

Toute la dialectique de la gauche aujourd’hui porte sur la liberté, la possibilité du choix de chacun d’être maître de sa vie : ainsi le vieillard se sentant décrépir, perdre toute « dignité », devrait avoir la possibilité de choisir de mourir.

De même, la jeune fille de 15 ans vivant dans une famille nourrie au RSA, n’ayant pas les moyens de garder son bébé, doit pouvoir choisir de demander une IVG.

C’est tout le sens de cette promesse du « droit à mourir dans la dignité » : choisir.

Pourtant il n’y a de choix que s’il s’exerce en toute liberté.

Où est la liberté de la personne âgée qui se sent à charge, qui a le sentiment de « ne plus servir à rien » et qu’elle pèse sur sa famille comme le cafard de Kafka pesait sur la sienne ?
(je n’avais jamais pensé à La Métamorphose comme grille de lecture possible sur la question de l’euthanasie avant d’écouter tout récemment sur France Culture une émission  dont je ne retrouve pas trace).

Où est la liberté de la jeune fille qui demande l’avortement parce que de toute façon — il n’est pas possible de le garder ?

Le discours des Poissons Roses propose (il me semble) non pas d’interdire l’avortement mais de donner les conditions possibles d’un choix réel aux personnes qui envisagent d’y avoir recours.

Sur l’euthanasie (pardon : le droit de mourir dans la dignité), le propos est un peu différent puisque la loi n’est pas encore passée : mais la démarche me semble la même. Pour qu’une personne âgée, infirme ou diminuée, puisse poser un choix, encore doit-elle se sentir accompagnée, aimée, chérie.

J’ai été terrifié par un des commentateurs de Rue89 :

Ils sont contre l’euthanasie : « Les personnes en fin de vie, même malades, sont une richesse pour la collectivité.
ils sont complètement barges tu veux dire

Donc une personne en fin de vie, paraplégique par exemple, aura en face d’elle une personne considérant qu’elle n’est pas une richesse pour la collectivité. Bien sûr qu’elle demandera à mourir. Où sera son choix ? Où sera sa liberté ?

Je précise au passage que je n’ai pas de commentaire à faire sur la question de l’homosexualité au sein de l’Église : elle n’a à ce jour pas un discours satisfaisant à proposer pour justifier sa position. Par « discours satisfaisant », j’entends un discours qu’un homosexuel, qui souhaite se marier et adopter des enfants, soit prêt à entendre.

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