Il y a a des frémissements d’inquiétude croissants autour de moi, dans la communauté catholique : église profanée à Avignon, crèche interdite en Picardie, paroles du Petit papa Noël de Tino Rossi tronquées, etc.

J’aurai du mal à répondre point par point aux réactions que je lis face à ces événements dans le monde catholique. Je constate surtout que je n’arrive pas, pour ma part à pariciper à cette angoisse montante. Pourquoi ?

Parce qu’en tant que chrétien, je ne peux être que témoin d’une espérance, pas d’une inquiétude. Je n’arrive pas à me défaire d’une certaine confiance.

Exemple : la paroisse Saint-Jean d’Avignon est profanée, constamment, depuis des semaines. Quand je l’apprends, j’avoue que je ne vois pas quel genre de solution va en sortir — et ça me semble insupportable, intolérable. Le 23 novembre, le curé « sort du silence ». Au coeur d’un projet pour l’avenir, la création d’une « association de représentants de toutes les religions ».

Je ne me fais pas non plus d’illusions : cela ne résoudra ni immédiatement les problèmes sur place, ni forcément complètement les actes de vandalisme. Pourtant j’y vois, je ne peux m’empêcher d’y voir, l’action de l’Esprit. Cet espace de dialogue entre les communautés, il a fallu une année de profanations pour envisager de le construire. Pourquoi n’existe-t-il pas déjà, partout ailleurs ?

Pourquoi n’existe-t-il pas déjà, non pas pour précéder les problèmes, mais pour faire grandir l’espérance et la charité ? Car cet espace de dialogue ne va pas entraîner des conversions (dans un sens ou dans l’autre), mais avant tout une meilleure connaissance d’autrui, un respect plus grand, un accroissement de la charité sur cette terre.

Il paraît que l’on ne parle pas du tout dans les médias de ces profanations. Ce n’est sans doute pas faux : les médias, la société en général, entretient la vision d’une Eglise toute puissante (et castratrice, naturellement). Mais il est faux de dire que, s’il s’était agi d’une mosquée ou d’une synagogue, les médias s’en seraient repus : qui a entendu parler de la profanation de la mosquée de Roanne ?  (recherche Google au 19 décembre sur « profanations église Avignon » : 27.000 résultats. 6800 pour « profanation mosquée Roanne« )

Sur la crèche payée par la municipalité, interdite par le juge : oui, c’est une vision qui me semble étriquée, absurde, de la laïcité. En l’espèce, l’Etat (ou la municipalité) ne subventionne aucune religion, aucun culte — les artisans qui fabriquent les crèches ne sont pas des moines, ce sont des artisans, et pas forcément chrétiens (les artisans chrétiens sont rares : ceux qui, de nos jours, reçoivent des commandes de tympans ou de vitraux le sont de moins en moins).

Mais je refuse d’argumenter, comme d’autres, sur le fait que c’est notre culture que l’on nie, que l’on bafoue, que l’on rejette. D’abord parce que ma culture, aussi précieuse soit-elle, aussi constitutive soit-elle de mon être, ne conditionne pas ma relation à Dieu : la foi chrétienne peut exister dans toutes les cultures, y compris celles qui n’ont jamais connu de crèches (les crèches ne sont apparues « que » au XIIIe siècle). Et il me semble, que, pour un chrétien, argumenter sur la culture, c’est entrer dans l’argumentaire de l’athée.

Pour nous, il ne s’agit pas, il ne doit pas s’agir de culture, mais de foi.

Il y a fort longtemps, le refrain de « Il est né le divin enfant » disait : « Jouez hautbois, résonnez musettes », et non pas (comme aujourd’hui) : « Jour de fête aujourd’hui sur terre ». Puis la musette étant devenu un objet inconnu, on a appris aux enfants de nouvelles paroles (les anciennes perdurent d’ailleurs courageusement).

Aujourd’hui on enlève l’allusion aux prières dans Petit Papa Noël — qui n’est pas un chant religieux. Associer d’ailleurs dans un même chant le père Noël et les prières me semble extrêmement risqué… confondant pour les enfants qui sont déjà plus que tentés de tout demander au père Noël (y compris dans leurs prières).

Voici les paroles désormais escamotées (paraît-il) :

A genoux les petits enfants
Avant de fermer les paupières
Font une dernière prière
Petit Papa Noël
Quand tu descendras du ciel
Avec tes jouets par milliers
N’oublie pas mon petit soulier

Autrement dit, « Petit Papa Noël » est le contenu même de leur prière. Et certains s’émeuvent de la disparition de cette « prière »-là ?

Non, décidément, je ne m’en inquièterai pas.

Je ne reste pas non plus les bras croisés : j’écris (sur ce blog, pas assez, certes), je témoigne. J’espère.

Dieu vient

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