La semaine dernière, le curé lors de son homélie a évoqué les fameux propos du pape prononcé en français, et ressemblant fortement à une allusion à la politique d’immigration du gouvernement français concernant les Roms.

Les réactions autour de moi étaient dignes des commentateurs du Figaro : « Est-ce qu’au moins il en prend dans son presbytère ? Il n’a qu’à commencer lui-même ! » De bons catholiques bien pratiquants, réagissent à peu près comme ce commentateur chez Koz.

Je pourrais revenir sur les arguments de ce dernier concernant les prétendues richesses de l’Eglise (rappelons qu’elle ne possède quasiment plus rien depuis 1905, et que le nombre actel de donateurs le dimanche n’est pas énorme) ou du Vatican (ce n’est pas le Pape qui a décidé de réduire la taille des Etats pontificaux qui, au XIXe siècle, auraient après tout pu contenir 12000 Roms sans difficulté).

Mais là n’est pas le coeur du problème. Le coeur, c’est la mission même de l’Eglise catholique. L’Eglise n’a pas vocation à prendre en charge tous les maux de la terre : si elle assume des missions sociales, c’est naturellement pour être en adéquation avec le message qu’elle porte. Mais si l’Eglise a été créée par le Christ (Marc, XVI, 15), c’est pour prêcher la Bonne nouvelle. La mission de l’Eglise est de transmettre le message évangélique, afin de permettre à chacun d’être sauvé, c’est à dire de rejoindre le sein de Dieu après sa mort.

Le contenu de ce message, c’est à la fois les propos de Jésus, et sa vie elle-même (ainsi que sa mort et sa résurrection, naturellement).

La raison d’être de l’Eglise, c’est la conversion de chaque être humain pour qu’il laisse entrer Dieu dans sa vie.

Imaginons

Imaginons une Eglise possédant de vastes biens, des richesses inépuisables, et qui dise à l’Etat français : « vous avez des problèmes avec les Roms ? Aucun problème, envoyez-les nous ! »

Les Roms sont alors envoyés dans les terres de l’Eglise pour y vivre tranquillement. Le problème disparaît pour l’Etat français. Mais le coeur de ses habitants a-t-il changé ? Ont-ils transformé leur regard sur ces populations ? Se sont-ils convertis pour accueillir l’autre comme ils devraient accueillir le Christ (Matthieu, XXV, 31 et suivants) ?

Non. Donc l’Eglise aurait failli à sa mission.

Bien sûr que chaque chrétien, pour être en accord avec la foi qu’il professe, doit accueillir (accueillir ne signifie pas forcément assister) l’autre, fût-il pauvre et étranger, et surtout s’il l’est.

Que nous dit l’Eglise aujourd’hui ? Que pour trouver une solution à ce genre de questions (comme l’immigration), il faut commencer par aimer l’autre, par laisser Dieu nous remplir de son amour, pour ensuite chercher une solution, bénéfique (ou la moins pire) pour tous. Cette solution « la moins pire » ne sera pas forcément héberger et assister financièrement des populations pauvres, car alors on risquerait de les maintenir dans un état de dépendance non profitable à leur épanouissement.

Accueillir, c’est commencer par changer son cœur, pour ensuite considérer l’autre non comme un problème social à résoudre, mais comme une personne à aimer et à accompagner sur son chemin vers Dieu. « Comme une personne », cette reformulation permet par exemple de se poser la question de l’éducation de ces populations.

Dieu ne résout pas nos problèmes à notre place (tous les jours, on peut rêver qu’il nous envoie de la manne, nourriture tombée du ciel, comme il l’a fait pour les Hébreux dans le désert (Exode, XVI, 31). S’il le faisait, il entraverait notre liberté. En revanche il nous donne le Nord : « Soyez parfait comme votre père céleste est parfait » (Matthieu, V, 48), ou « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean, XIII, 34).

De même, l’Eglise n’a pas à résoudre nos problèmes à notre place, ce n’est pas sa mission. En revanche chaque chrétien se doit de mettre ses actes en adéquation avec sa foi. Donc chaque membre de l’Eglise, soit personnellement, soit au sein de structures, doit ou devrait œuvrer dans ce sens.

Mais la première priorité n’est pas de descendre dans la rue pour aller donner de l’argent à un pauvre : si on commence par là, on risque de s’essouffler vite. La première priorité est d’ouvrir son cœur pour laisser Dieu y déposer son amour. C’est lui qui nous inspirera les actes à poser ensuite.

L’Eglise est dans son rôle lorsqu’elle dit d’ouvrir son cœur : car personne d’autre (en tout cas pas parmi les politiques) n’a cette mission.

Dernière chose à ceux qui ont entendu un prêtre parler de l’accueil des Roms et qui se sont dit : « Il n’a qu’à commencer ». Je suis d’accord avec vous : le prêtre lui-même doit ouvrir son coeur, et il a certainement plein de choses à se reprocher. Mais :

  1. il est sans doute plus pauvre que vous
  2. les salles de sa paroisse ne lui appartiennent pas, elles servent au catéchisme, à divers groupes de formation, etc.
  3. n’attendons pas que le prophète soit parfait pour entendre la vérité qu’il a charge de nous transmettre. Dieu a choisi Jonas, fainéant de très mauvaise volonté, pour inviter les habitants de Ninive à la conversion. Jésus a choisi Pierre, qui l’avait renié. Certes, ceux qui en chaire ou ailleurs nous incitent à changer de vie ne sont pas des saints. Est-ce que pour autant ce qu’ils disent est faux ?
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