J’ai enfin pris le temps de répondre à Bashô. Cela aurait même mérité un billet, car j’ai dangereusement essayé de répondre en commentaire sur des questions que je trouve extrêmement complexes à aborder (à comprendre d’abord, pour moi-même, puis à exprimer). Les esquisses peuvent engendre plus d’incompréhensions que le silence.

Bon, j’ai pris le risque…

Je profite de son commentaire pour faire malgré tout un billet, car il y évoque saint Pierre qui renie Jésus trois fois (selon une formulation qu’enfant, d’ailleurs, j’ai toujours trouvé tordue : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois », Mc, XIV, 30 — heureusement que Matthieu a une version plus simple).

Ce triple reniement me renvoie à une découverte qui m’a mis en joie récemment, grâce au livre de Timothy Radcliffe :

T. Radcliffe, Pourquoi aller à l’église ? : l’eucharistie, un drame en trois actes. Paris: les Éd. du Cerf; 2009.

Souvenez-vous ce passage de l’évangile selon saint Jean (Jn, XXI, 15-17), ou Jésus demande par trois fois à Pierre s’il l’aime.

Cela se passe après la Résurrection (juste après la pêche miraculeuse).

J’avais depuis longtemps entendu (dans des homélies notamment) que dans le texte grec de cet évangile Jésus n’utilisait pas le même verbe les trois fois, mais un verbe signifiant « Aimer » et un autre signifiant « Aimer absolument, complètement et de manière inconditionelle ».

Radcliffe m’a enfin permis de savoir dans quel ordre :

  • La première fois, Jésus demande : « Pierre, m’aimes-tu absolument« . Pierre lui répond : « tu sais bien que je t’aime. » Pierre aime donc Jésus comme il en est capable, comme un homme peut aimer un autre homme, mais pas comme Dieu aime les hommes (et pas comme Jésus aime ses disciples).
  • La seconde fois, Jésus demande encore : « Pierre, m’aimes-tu absolument« . Et Pierre lui répond encore, désolé mais tout de même sincère : « Seigneur, je t’aime » (mais pas plus).
  • Alors, Jésus demande enfin : « Pierre, m’aimes-tu » et Pierre lui répond : « oui, je t’aime ».

Pour la troisième question, Jésus renonce donc à demander à Pierre un amour absolu et infini : il se place à sa hauteur, il demande à Pierre de l’aimer et accepte cet amour-là, Pierre étant incapable de lui offrir mieux.

Dieu accepte les pauvres choses que nous sommes capables de lui offrir. Cette capacité de Dieu à m’en contenté m’a réjoui et soulagé longuement. Alors oui, ces petits actes que nous faisons au quotidien, toute notre vie cachée, peu glorieuse, laborieuse — oui, elle a de la valeur aux yeux de Dieu. Bien sûr, il nous demande davantage : il nous demande tout (Mc, X, 21 : « va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres »), mais il ne considère pas comme négligeables les petites choses que nous sommes prêts à donner.

Il attend patiemment que nous soyons capables de donner davantage (chacun chemine à son rythme) : Pierre, le jour de la pêche miraculeuse, n’est pas prêt à offrir plus. Mais plus tard,

« quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. » Il dit cela, indiquant par quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. (Jn, XXI, 18)

Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit une seconde fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit pour la troisième fois : « M’aimes-tu ? » et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. »

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