Ce présent billet vient à l’occasion (mais non en réponse) du billet de Tristan Nitot sur les tabous de l’écologie. Nitot a toute mon admiration pour son action en faveur de l’écologie d’une part et de Firefox d’autre part. Sur le point qui m’intéresse, je ne vais pas aller contre ce qu’il affirme (trop gros dossier pour le moment), mais corriger une erreur trop commune.

Voici ce qu’il écrit :

4. J’ai gardé le plus tabou pour la fin : Il faut faire des enfants. Que les choses soient claires : j’ai deux enfants, je les adore, et je suis ravi de les avoir ! Mais voilà, dans notre société, il faut avoir des enfants. C’est la norme. Si possible plus de deux. Pourtant, avoir un enfant de moins est 20 plus efficace pour réduire les gaz à effet de serre que toute une vie à utiliser des ampoules basse consommation ou un véhicule hybride. Et on a le tabou ultime, car on combat la parole divine, via le premier livre de la genèse, « Croissez et multipliez », reprise par le Pape Jean-Paul II.

Cette affirmation écologique part d’un prémisse implicite qui est : « l’Eglise nous dit de faire des enfants ». S’ensuit la réflexion suivante : il est difficile d’aller contre ce que dit l’Eglise, mais n’ayons pas peur de l’affirmer haut et fort, faire beaucoup d’enfants est nuisible à l’écosystème.

Je passe sur le fait qu’il n’est finalement pas si dangereux que cela d’aller contre ce que dit l’Eglise. Il est même plutôt difficile d’appuyer son discours quand on est un laïque. Mais je veux revenir sur le prémisse implicite, basé sur la citation bien connue de la Genèse : « Croissez et multipliez ».

En réalité, l’idée que l’Eglise nous dit de faire des enfants a 3 fondements :

  1. la citation de la Genèse, facile à retenir (courte, de forme injonctive)
  2. le fait que les familles nombreuses, quand elles ne sont pas d’origine immigrées, sont souvent de foi chrétienne.
  3. le fait que les enseignements de l’Eglise sont nuancés (ils ne sont pas complexes, ils sont nuancés)

Croissez et multipliez

Je le confesse : l’expression est effectivement dans la Genèse (Ge, I, 22). Soit dit en passant, Dieu s’adressait alors au seul homme et à la seule femme de la Création. Son invitation était donc on ne peut plus légitime à l’époque.

Cela dit, les théologiens chrétiens de tous les siècles n’ont jamais cherché à faire une application littérale de la Bible comme d’un texte de loi. La lecture qui est faite des Ecritures a toujours été enrichie d’une réflexion propre à chaque époque, pour aller vers une meilleure compréhension de ce qui nous y est dit de Dieu.

Les familles nombreuses chrétiennes

  • on notera que si une famille nombreuse est souvent chrétienne, tant s’en faut qu’une famille chrétienne soit toujours nombreuse.
  • il faut connaître bien mal les catholiques pour s’imaginer que, simplement parce que l’Eglise leur dit de faire quelque chose, ils s’en empressent aussitôt. Donc quand bien même l’Eglise dirait de faire des enfants (ce qu’elle ne dit pas !), cela ne suffirait pas aux catholiques pour se mettre à pondre de bons petits catholiques par milliers. A titre d’exemple, l’Eglise invite à la chasteté1 avant le mariage — et les prêtres préparent au mariage presque uniquement des couples vivant déjà ensemble.

Juste comme ça : Et si les chrétiens avaient plus d’enfants que la moyenne, parce que leur foi suscite en eux l’amour des enfants et de la famille ? J’aimerais vous convaincre définitivement du rapport entre la foi et l’amour.

Mais que dit l’Eglise ?

L’Eglise invite à deux attitudes :

  1. un accueil de la vie
  2. une sexualité responsable (et une parentalité responsable aussi).

1. L’accueil de la vie

Lors de la cérémonie de mariage, le futur époux et la future épouse doivent s’engager sur ce qui est appelé les quatre piliers du mariage :

  1. l’engagement conjugal est libre et non contraint (la liberté peut être entravé par une pression extérieure, mais aussi par une trop grande immaturité)
  2. le mariage sera indissoluble
  3. les époux seront fidèles l’un à l’autre
  4. ils s’engagent à accueillir la vie

« Accueillir la vie » désigne généralement les enfants. Pour un couple stérile, ce peut être une adoption, ou une activité particulière visant à ne pas laisser le couple s’enfermer sur lui-même, mais s’épanouir en direction du monde.  Cet engagement vise à s’opposer à une attitude du couple qui refuserait par principe d’avoir des enfants (avant même d’avoir essayé), qui révèlerait ainsi une certaine fermeture au monde.

« Accueillir la vie », cela signifie n’en pas maîtriser complètement la chaîne de production, mais accepter les enfants que Dieu confie au couple. Vous pourrez dire que ça revient au même, mais la perception que l’on a de son rôle de parent (en tant que responsable d’un trésor qui vous est confié) me semble tout de même différent. Cette perception induit aussi une attitude différente relativement à l’avortement : la femme est maîtresse de son corps, mais pas de la vie de l’enfant qu’elle porte.

Mais le discours de l’Eglise ne s’arrête pas là. S’il s’arrêtait à l’accueil de la vie, on pourrait effectivement le comprendre comme étant une invitation à avoir des relations sexuelles régulières et visant toutes à la procréation. Outre que l’Eglise célèbre le rôle de la sexualité comme union intime et constitutive du couple (j’ai entendu parler un prêtre de l’union sexuelle comme d’une liturgie, c’est-à-dire comme acte rendant Dieu présent), elle insiste aussi sur une sexualité responsable.

Une sexualité responsable

Par cette notion, les chrétiens sont conviés à avoir le nombre d’enfants qu’ils se savent capables d’assumer. Si un couple se sent « à bout » après un enfant, un prêtre leur conseillera sans doute de s’arrêter là.

La sexualité responsable est donc une parentalité responsable : le couple doit avoir une sexualité liée à la parentalité qu’ils peuvent envisager. Cela n’exclut nullement d’avoir des relations sexuelles ne visant pas la procréation. Mais c’est une critique d’une sexualité non consciente, où les époux ne se demanderaient pas de savoir si un enfant peut naître de l’union, et s’ils sont capables de l’élever correctement.

Je ne vais pas embrayer sur un exposé de la méthode Billings, méthode que l’Eglise propose aux époux pour vivre cette sexualité responsable, c’est-à-dire consciente de ses conséquences. C’est une méthode basée sur l’observation simple du cycle féminin. Elle ne coûte rien, ne nécessite pas d’ingérer des produits chimiques, et permet de connaître aussi bien les cycles de fertilité que d’infértilité de la femme. Elle permet donc une meilleure connaissance du corps féminin, et vise à une meilleure maîtrise de ses propres pulsions.

Conclusion

J’ai effleuré un certain nombre de dossiers portant à polémique, sans pouvoir vraiment m’y attarder comme ils le méritaient. Je n’ai même pas discuté la (pro)position de Tristan Nitot.

Je rappelle que mon seul objectif était de revenir sur cette affirmation commune selon laquelle l’Eglise nous dirait d’avoir des enfants. Ce point-là ne relève pas d’une discussion, mais d’une connaissance de son enseignement.

Tristan Nitot renvoie également à  un billet d’août 2007 critiquant la position de Jean-Paul II. Ce billet s’intitule « Croissez et multipliez » et cite Jean-Paul II dans le texte pour y critiquer une position qui ne s’y trouve pas. Ce que conteste Jean-Paul II, c’est que des Etats mènent une politique répressive à l’égard des couples (par exemple sous forme d’avortements contraints), que ce soit au nom de l’écologie ou d’autres motifs. Ce qu’il réclame, c’est que les couples soient libres de « décider du nombre de leurs enfants », pas qu’ils en fassent le plus possible.

Enfin, et ceci pourrait permettre d’arriver à une vue commune si nous nous comprenons mieux : une parentalité responsable pour un couple chrétien peut aussi consister à tenir compte de l’environnement dans lequel les parents vont élever l’enfant. Une inquiétude forte vis-à-vis du réchauffement climatique pourrait en réfréner plus d’un.

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1. C’est promis, je vous parlerai un jour de la différence entre chasteté et abstinence.

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