Je sais, la levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes date un peu (mi-janvier 2009) mais le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte relance les discussions autour de Mgr Williamson. Si bien que je me demande ce qu’attendent ceux qui critiquent la levée de l’excommunication : il me semble que, explicite ou non, leur aspiration serait finalement que Mgr Williamson au moins (à défaut des trois autres) soit de nouveau excommunié.

Que doit faire le Pape en apprenant que Mgr Williamson est négationniste ?

1. Puisqu’il a été mal informé pour prendre sa décision, il est logique qu’il sanctionne celui ou ceux qui l’ont mal informé. C’est ce qui s’est passé : l’évêque colombien Castrillon Hoyos  a « perdu son boulot », comme le dit le Père Kubler sur France Inter (à la 14e minute).

Soit dit en passant : j’attends du Pape qu’il passe beaucoup de temps à prier, plus en tout cas qu’à surfer sur Internet pour trouver des infos sur ses évêques et vérifier la qualité des dossiers qu’on lui donne. Et nous voyons bien que ce problème n’est pas propre au pape : nos députés qui doivent voter sur le téléchargement illégal sont en grande difficulté pour définir le peer-to-peer.

A noter également : Mgr Hoyos affirme lui-même qu’il ignorait les propos négationnistes de Mgr Williamson. La différence est que lui aurait dû le savoir.

2. Ensuite, le Pape doit réaffirmer être opposé au négationnisme comme affirmation historique. Ce qu’il fait le 2 février, 10 jours après la levée des excommunications.

3. Réexcommunier Mgr Williamson ?

Avant de se poser la question, il faut comprendre pourquoi on excommunie quelqu’un.

L’excommunication ne doit pas se concevoir en premier lieu comme la sanction face à une faute.

Croire que l’excommunication est une punition, c’est croire qu’une léproserie est le châtiment du lépreux.

Une des origines de l’excommunication peut se trouver dans l’évangile selon saint Matthieu, chap. V, 29-30 (Mt V, 29-30) : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. »

L’excommunication est une mise à l’écart de la communauté des chrétiens, pour éviter une contamination. L’objectif double est de préserver les fidèles qui le restent (fidèles) et de susciter chez la personne ainsi mise au ban le désir de revenir. Saint Augustin explique même que si l’excommunication n’a aucune chance de ramener l’hérétique, il est inutile de l’excommunier : il dit qu’il peut être bénéfique d’excommunier une brebis malade, mais que si la moitié du troupeau est atteinte, il vaut mieux n’excommunier personne mais essayer de les guérir en les gardant à l’intérieur de l’Eglise.

La levée de l’excommunication des quatre évêques était voulue comme la preuve de bonne volonté de la part du Vatican, qui voulait prouver son désir ardent de résoudre ce schisme lefebvriste, source de « scandale » (c’est-à-dire contre-témoignage de l’amour de Dieu). C’est plutôt une preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit dans des pourparlers que de baisser la garde le premier, et faire confiance à son interlocuteur…

En outre, levée ne signifie par réintégration dans l’Eglise. Quand un laïc est réintégré, celui lui donne le droit de recevoir les sacrements. Quand un ecclésiastique est réintégré, cela lui donne le droit de dispenser ces sacrements. Ces hommes (qui ne sont pas reconnus « évêques ») sont tout simplement « non-excommuniés », comme des millions de gens dans le monde (musulmans, bouddhistes, athées, etc.).

Une fois cette levée prononcée, une nouvelle excommunication n’aurait eu aucun sens — sauf à (ré)conforter l’opinion publique, c’est-à-dire à donner de l’importance à une conception fausse de l’excommunication.

A moins d’excommunier tous les négationnistes (chrétiens et non chrétiens) ? Et tous les mal pensants ? Et tous les pécheurs ? Bref, cette voie me semble sans issue : est-ce la bonne réaction pour résoudre ce genre de problèmes ?

En conclusion, je ne vois pas autre chose à dire que : dans ce dossier, Benoît XVI est irréprochable (à défaut d’être infaillible !)

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