Extrait de la préface de Léon Tolstoi à la Sonate à Kreuzer (ici, ici et )

Il y a deux moyens d’indiquer le chemin à celui qui le cherche. Le premier consiste à dire : « Va vers cet arbre, et de cet arbre vers un village, du village le long de la rivière, vers le tumulus, etc. »
L’autre consiste à indiquer la direction à celui qui cherche son chemin : « Va vers l’Est, le Soleil inatteignable ou une étoile d’indiqueront toujours une direction. »
Le premier moyen, c’est le moyen des définitions religieuses, superficielles et temporaires.
L’autre est le moyen de la conscience intérieure d’une vérité éternelle et immuable.
Dans le premier cas on donne à l’homme certains signes d’actes qu’il doit ou qu’il ne doit pas faire, dans l’autre, on indique à l’homme le but éternel et inatteignable, mais dont il a conscience, et ce but donne une direction à toute son activité dans cette vie.
« Souviens-toi du Sabbat, circoncis-toi, ne bois pas de boissons fermentées, ne vole pas, donne la dîme aux pauvres, ne commets pas l’adultère, fais le signe de la coirx, communie, etc. » Telles sont les doctrines extérieures des brahmes, des bouddhistes, des juifs, des musulmans et de notre Eglise qu’on appelle chrétienne.
« Aime Dieu de tout ton coeur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ; comme vous voudriez que l’on agisse envers vous, agissez ainsi envers les autres. Aime ton ennemi. » Voilà la doctrine du Christ.
Elle ne donne aucune indication d’acte, elle dit seulement l’idéal immuable que chaque homme voit dans son coeur aussitôt qu’il lui a été révélé. Pour celui qui confesse la doctrine extérieure, l’exécution exacte de la loi représente l’accomplissement de la perfection, et cet accomplissement arrête tout perfectionnement ultérieur. »

 

Comme vous pouvez le voir, Tolstoï nomme l’Eglise comme contre-exemple de ce qu’il appelle « la doctrine du Christ ». Je trouve ce texte magnifique par la clarté de l’image qu’il fournit, mais ne suis évidemment pas d’accord avec lui sur ce point précis : il me semble en réalité que pour toute religion les deux attitudes coexistent, l’une étant la dérive de l’autre.

  • La vision « règlementaire » existe certainement au sein de l’Eglise, et elle est triste à constater. Ce sont les « fils aînés » que j’évoquais récemment.
  • La vision « purifiée » demeure possible au sein de l’Eglise, et chaque chrétien doit espérer vivre simplement sa foi suivant la maxime : Aime et fais ce que tu veux, où toute action découle de l’amour que l’on a pour Dieu et son prochain. Encore faut-il admettre que certains comportements (violer, tuer, et des gestes plus anodins) sont incompatibles avec une prétention à aimer !

L’Eglise a pour mission d’expliciter le message du Christ : elle recommande la fidélité, la prière, etc.

L’opinion publique l’attend sur le terrain du préservatif, qui est un domaine de santé publique, sur lequel l’Eglise n’a pas de lumières particulières, autres que d’être présente comme acteur par ses dons et ses actions humanitaires (dispensaires, etc.).

Bref, quand on demande à Viamichelin l’itinéraire Poitiers-Rouen, il ne nous donne pas en prime Poitiers-Paris. Bien sûr, dans un premier temps le conducteur pourrait considérer cela comme un bonus (chouette ! deux itinéraires pour le prix d’un !), mais il risque de s’embrouiller en arrivant à Tours…

Voir aussi l’article de La Croix : Pour Benoît XVI, communiquer n’est pas une priorité.

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