J’en ai vu de nombreux échos dans les médias, Benoît XVI a profité de la première semaine du temps pascal rappeler que la résurrection du Christ est un événement historique (texte complet). Pourquoi ?

En effet, c’est le B-A-BA de la foi chrétienne. Saint Paul déjà disait que « Si le Christ n’est pas ressuscité, ma foi est vaine » (1 Co XV, 14-19). Si Jésus n’a pas vaincu la mort, il n’est qu’un homme comme les autres et non un Dieu, et on peut apprécier son message d’amour mais non croire en lui. Donc pour tout chrétien cette résurrection est une évidence qui ne mérite presque pas qu’on la rappelle. Signalons au passage que le pape, tous les évêques et tous les prêtres réaffirment cette historicité au moins une fois par jour, lors de leur messe quotidienne, dans la proclamation du Credo.

J’ai rapidement parcouru des commentaires aux articles rapportant ces propos du Pape, notamment celui du Monde. Le journaliste est d’une telle neutralité qu’on se demande pourquoi il rapporte cette information. En effet, la foi du Pape en l’historicité de la résurrection est si peu une nouvelle que l’article pourrait ressembler à une leçon de catéchisme.

Du coup, certains commentaires se gaussent de cette croyance, et d’autres se demandent, comme moi, si le journaliste n’espère pas que la mayonnaise va prendre toute seule pour créer la polémique, c’est-à-dire non pas pour discréditer le Pape sur un sujet où il ne connaîtrait rien, mais pour révéler au monde que la foi chrétienne est d’une naïveté formidable.

Je ne ferai pas de procès d’intention à ce journaliste. Je voulais juste répondre à la question initiale : pourquoi Benoît XVI a-t-il cru nécessaire de rappeler que la résurrection de Jésus était un événement historique ?

Entendons-nous bien : il ne comptait certainement pas mettre cet épisode sur le même plan que la bataille d’Austerlitz. Il s’adressait aux catholiques et à eux seuls, pour leur rappeler qu’ils doivent considérer cette résurrection comme bien réelle, et non comme l’image ou le symbole de quelque chose.

En clair, si vous ne croyez pas que le Christ est effectivement ressuscité, celui-ci devient pour vous un grand philosophe à l’image de Gandhi (quelqu’un de très bien, du reste). Donc vous n’êtes pas chrétien (soit dit en toute amitié).

Par son discours, je doute que Benoît XVI voulait faire admettre aux athées cette résurrection — ce serait ridicule, et contrairement à ce que j’ai pu lire dans lesdits commentaires, Benoît XVI n’est pas ridicule, et il a une intelligence bien supérieure à la moyenne. S’il s’adressait aux athées à travers ce discours, ce serait pour leur signaler que pour les chrétiens, cette résurrection est un fait positif, et non une hallucination des premiers croyants.

Bientôt, on lui reprochera peut-être de croire que Dieu existe…

Bref, s’il mentionnait un point élémentaire du catéchisme au risque de, semble-t-il, se rendre ridicule, c’était bien à destination des chrétiens, et pour une raison bien précise : comme le montre ce récent sondage publié par La Croix, de moins en moins de catholiques osent croire à la résurrection (en l’occurrence, il s’agissait de la résurrection des morts, donc la leur, et non celle de Jésus), alors que certains catholiques croient à la réincarnation.

Il y a au moins deux autres raisons :

  1. au lendemain de Pâques, c’est d’actualité de parler de la résurrection – et, tant qu’à faire, de préciser qu’on n’en parle pas comme d’une belle histoire.
  2. il ne s’est pas contenter de mentionner la résurrection comme un fait historique, il tire aussi des raisons d’espérance de cette historicité : Dieu nous promet ainsi de le rendre semblable à lui, de passer par cette mort pour en sortir ressuscité.

Je ne vais pas vous démontrer que la résurrection est une « bonne » croyance et la réincarnation une croyance absurde. En termes de « croyances », vu de l’extérieur, il me semble qu’elles sont positivement comparables. Et si la résurrection peut sembler ridicule et la réincarnation respectable, cela est dû à une mode occidentale en faveur de la réincarnation.

Notons au passage que la plupart des Français croient au bouddhisme (et le jugent) comme ils croient le christianisme (et le jugent) : sans aucune compétence. Ils ne prennent pas le temps de comprendre ce que signifie la résurrection une fois posée la foi en Jésus Christ, et pourquoi croire au second signifie nécessairement croire à la première ; de même, ils entendent « bouddhisme » d’un côté, « réincarnation » de l’autre, et associent les deux sans prendre le temps de connaître le bouddhisme, et de comprendre que la réincarnation est pour cette « voie » (puisque ce n’est pas une religion) la pire malédiction qui soit pour tout être vivant.

Je n’attends pas forcément que chacun prenne le temps de se former à ces notions parfois complexes. Mais j’invite ceux qui, clairement, n’y connaissent rien, à ne pas s’autoriser un jugement, non seulement sur les valeurs, mais plus encore sur les personnes qui les portent.

Peut-être pourraient-ils plutôt poser des questions (« Mais comment pouvez-vous, au XXIe siècle, etc.? ») ou, à tout le moins, respecter en silence la croyance des autres. Je préfèrerais les questions… En attendant, je rappelle que l’athéisme est lui aussi un une posture religieuse, partant d’un principe initiale (Dieu n’existe pas) indémontrable en l’état.

Les chrétiens, eux, devraient prendre le temps de se former pour comprendre ce en quoi ils croient, pour comprendre ce que signifie la résurrection de Jésus — pas tout seuls, évidemment (pourquoi ne pas commencer par ceci, très pédagogue et pas méchant ?).

<update>Voir aussi ce billet</update>

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