Mon premier projet était de tenter de définir l’excommunication. Puisque cela a déjà été brillamment fait par Philarête, je vais passer à l’étape suivante.

Beaucoup de gens, apprenant que l’Eglise condamnait l’avortement d’excommunication latae sententiae, c’est-à-dire automatiquement, sans déclaration spécifique de la part de l’Eglise, se sont indignés :

L’Eglise condamne la mère et pas le violeur ? C’est honteux.

L’indignation est une bonne seine réaction. Comme l’émerveillement, elle doit ensuite conduire à se poser des questions, à chercher à y répondre : pourquoi ? Comment ?

En 1983, le Code de droit canonique liste les peines encourues pour diverses fautes (Livre VI : les sanctions dans l’Eglise). Et on trouve effectivement, dans le Livre VI, Titre VI du droit Canon :

Can. 1397 – Qui commet un homicide, ou enlève quelqu’un avec violence ou par ruse, le retient, le mutile, ou le blesse gravement, sera puni, selon la gravité du délit, des privations et interdictions prévues au can. 1336; quant au meurtre des personnes dont il s’agit au can. 1370, il sera puni des peines établies par ce même canon.
Can. 1398 – Qui procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication latae sententiae.

Et pour reprendre un autre passage déjà cité par Philarête :  Il y a sept cas d’excommunication latae sententiae dans le Code de 1983: 1. apostasie, hérésie ou schisme; 2. profanation des espèces consacrées; 3. agression physique contre le pape; 4. absolution donnée par un prêtre à son propre complice dans un péché de nature sexuelle; 5. ordination d’un évêque sans mandat pontifical; 6. violation du secret sacramentel par le confesseur; 7. avortement..

Eh bien ! Qu’en est-il de ces crimes horribles que sont le viol d’enfants, le génocide, la torture, etc. ?

 Il faut comprendre le sens ce cette liste : elle n’a pas vocation à intégrer tous les crimes impardonnables de la terre, et ce au moins pour une bonne raison : aucun crime n’est impardonnable.

Oui, le violeur de la petite fille brésilienne peut aller se confesser, et peut être absout de cette faute aussi. Vous pouvez trouver cela scandaleux : c’est simplement ce que Jésus nous a transmis, à savoir qu’aucune faute n’est au-dessus de l’amour de Dieu, car celui-ci est infini.

Alors pourquoi ces excommunications automatiques ? Personnellement je n’ai pas creusé plus avant. J’aurais des hypothèses, mais sans intérêt puisque non vérifiées. Ce que l’on voit d’emblée, c’est que les 6 premières fautes sont purement internes à l’Eglise, et n’ont pas de réalité légale laïque.

L’avortement vient se rajouter à la suite, très clairement en réaction à l’esprit du temps, et non pour condamner par avance cette petite Brésilienne (non excommuniée, d’ailleurs — cela est impossible pour un enfant de moins de 16 ans, estimé non responsable).

Le viol, le génocide, sont déjà considérés par l’ensemble de la société comme des crimes abominables, et il est inutile que l’Eglise s’appesantisse dessus. Mais l’avortement, dénoncé par l’Eglise comme un meurtre pur et simple, n’est plus l’objet d’aucune condamnation morale de la part de la société dans son ensemble. La légalisation de l’avortement est jugée comme un progrès pour la liberté de la femme.

Face à cela, l’Eglise a réagi en réaffirmant la gravité de cet acte. Le Catéchisme de l’Eglise catholique l’explique ainsi (art. 2272) :

L’Eglise sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. […] L’Eglise n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde [c’est-à-dire qu’elle ne fait pas ça par méchanceté]. Elle manifeste la gravité du crime commis, le dommage irréparable causé à l’innocent mis à mort, à ses parents et à toute la société.

C’est donc une condamnation « de principe » de l’acte, et certainement pas le refus de prendre en compte le drame des situations particulières. Il est difficilement contestable que la plupart des cas d’avortements ne sont pas issus de viols.

Comme le rappelle l’Eglise, ce n’est pas un rejet des femmes amenées à avorter un jour. Celles-ci sont toujours les bienvenues. Le « problème » est qu’aujourd’hui l’avortement n’est pas considéré comme un meurtre à part entière.

Le rapprochement avortement-meurtre vous choque décidément. Restez sur vos positions, mais essayez de vous imaginer la chose suivante : imaginez qu’une vie vaut toujours une vie, et qu’on n’est pas à six mois près. Imaginez donc qu’un embryon a déjà la plénitude de cette vie (c’est le regard que porte sur lui l’Eglise). Considérez les chiffres : 800.000 naissances en France, pour 200.000 avortements. Ou, pour l’exprimer autrement : sur un million de fécondations, 1 enfant sur 5 ne naîtra jamais.

C’est cela qui semble effrayant à l’Eglise, sous son angle de vue.

Dans le même esprit, on pourrait tout à fait penser que si la société se met à considérer définitivement et largement l’euthanasie comme un progrès social pour la conquête des libertés, l’Eglise inscrive cet acte au rang des excommunications latae sententiae (pour les personnes qui y auraient participé, évidemment, pas pour le mort).

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