On déplore beaucoup, tant chez les catholiques que chez les non-croyants, que l’Eglise s’exprime si mal.
J’ai lu plusieurs fois qu’ils devraient revoir leur service de comm’.

C’est vrai qu’elle « communique » mal. C’est faux qu’elle devrait revoir son service de communication.

L’Eglise (l’assemblée des croyants) n’a pas pour mission de communiquer mais de témoigner.

La foi est une expérience. En l’état, elle est précisément incommunicable. C’est bien pourquoi « il nous est demandé de témoigner, non de convertir » (pour paraphraser et détourner quelque peu sainte Bernadette).

L’Eglise, dans son aspect institutionnel (celui seul vu par les médias), est composé de personnes qui se sont engagés pour témoigner de leur foi, pas pour communiquer dessus. Si nous avions des professionnels de la communication à la tête de l’Eglise — tout serait à désespérer.

Il y a beaucoup d’autres explications à ces difficultés de communication du message de l’Evangile. Je pourrai y revenir à l’occasion. Mais l’essentiel est là : la vocation de l’Eglise et de ceux qui la compose, ce n’est pas de communiquer mais de témoigner de sa propre foi.

Pour finir, un extrait des Mangeurs d’Etoiles, de Romain Gary, décrivant un prédicateur (protestant, en l’occurrence), très « communiquant » au début du roman. Passé par toutes sortes d’épreuves, il en sort très différent.

Au début :

« Le Dr Horwat, bien qu’il fût âgé de trente-deux ans à peine, était une personnalité de tout premier plan dans l’Eglise, et sa réputation de lutteur inlassable et inspiré contre les ennemis de Dieu s’était répandue bien au-delà des frontières des Etats-Unis. Sa popularité, l’emprise qu’il exerçait sur les foules et les conversions qu’il obtenait, il le devait avant tout à la puissance de sa foi, mais aussi, il le savait et n’en avait pas honte, à un certain magnétisme personnel, ainsi qu’à un physique fort différent de ce qu’on voyait d’habitude en chaire et qui lui avait valu, bien malgré lui, le surnom d’ « archange blond ». On lui reprochait parfois son show-manship, son sens du spectacle et ce qu’on appelait sa recherche incessante de l’effet dramatique : il lui arrivait de prêcher au milieu d’un ring de boxe, symbolisant ainsi le combat qu’il menait contre le Démon. Il ne se préoccupait pas outre mesure de ces critiques : frapper les imaginations avait de tous temps été reconnu comme une méthode légitime par toutes les Eglises, le voyage éclair du pape Paul VI aux Nations Unies comme « pélerin de la paix » en témoignait. Il ne voyait aucune raison de laisser l’avantage aux catholiques sur le terrain. Ancien champion universitaire de rugby, classé à deux reprises All American, il mettait dans sa croisade évangélique le même dynamisme, la même volonté de vaincre et le même mordant qui en avaient fait jadis un des avants les plus agressifs des Etats-Unis. A la fin de chaque réunoin, alors qu’il se dressait encore frémissant, les bras ouverts comme des ailes au-dessus des ténèbres de la salle dont le séparait la lumière des projecteurs, dans le silence qui succédait aux applaudissements, des hommes et des femmes sortaient de la foule, venaient s’agenouiller autour de lui et participaient à la cérémonie du serment : ils juraient de servir avec abnégation et don total de soi la Vérité de Dieu. […]

Dans les studios de télévision, pendant qu’on le maquillait et qu’on le coiffait, il lui arrivait de regretter un peu de ne pas appartenir à l’Eglise catholique : son costume bleu foncé, sa cravate discrète le faisaient penser aux acteurs qui répètent Shakespeare en tenue de ville. Il enviait l’évêque Shean, de Chicago, qui se présentait à l’écran dans toute la splendeur des robes conçues par l’Eglise de Rome : depuis l’avènement de la télévision en couleur, l’effet produit par les catholiques était encore plus marquant. »

Romain Gary, Les mangeurs d’étoiles, Gallimard (Folio), p. 13-15.

La fin du roman voit l’achèvement de ses épreuves (non liées à ses « qualités » initiales) et un retournement d’état d’esprit:

« Il se sentait un peu différent et, chose curieuse, moins sérieux, presque insouciant, et il lui semblait qu’il n’allait plus jamais être le même. Peut-être faudrait-il désormais s’intéresser moins aux masses et davantage aux hommes ; rencontrer les gens de plus près, au lieu de les regarder du haut de l’estrade ; aller s’asseoir parmi eux, au lieu de les voir de très loin sous la lumière des projecteurs ; mettre moins de tonnerrer et de foudre dans sa voix et plus de pitié dans ses mots, et, bien qu’il fût toujours aussi déterminé à poursuivre sa croisade contre le Mal, peut-être valait-il mieux renoncer à la beauté du style, à l’éloquence sacrée, aux vols d’aigle au-dessus des sommets, et se dévouer non au monde, à la terre entière, mais à un quartier, à une rue, à quelques maisons ».

Ibid., p. 435-436

Cela s’appelle une conversion.

Personnellement, je préfère le second Dr Horwat.

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