Deux principes

Il me semble que les positions de l’Eglise sur la morale naissent de deux principes initiaux, qu’il est indispensable d’avoir à l’esprit pour comprendre ce qu’elle nous dit, et pourquoi elle nous le dit :

  1. « Tout est permis, mais tout n’est pas profitable » (Saint Paul, 1Co X, 23)
  2. L’Eglise n’est pas détentrice de la Parole de Dieu, elle n’en est que la dépositaire et n’a pas le « droit » de la détourner ou la contourner pour l’adapter à l’époque où elle se trouve.

Le premier élément nous apprend que Dieu ne nous interdit rien : Il a un projet pour l’homme et nous propose un chemin pour le réaliser. Ce projet, c’est de rendre l’homme égal à lui-même.
Il laisse l’homme la possibilité (la liberté) de refuser ce projet. Ce qui est appelé « Enfer » n’est rien d’autre que le refus d’un homme d’adopter le projet de Dieu. Ce n’est pas un rejet de la part de Dieu.
L’Eglise a pour mission de rendre clair ce qui est profitable à ceux qui désirer concrétiser ce projet dans leur vie. « Rendre clair », cela signifie transcrire en mots actuels les paroles de Dieu dans l’Ecriture.

En transition avec le second élément, je soulignerai que l’Eglise croit que la révélation n’est pas terminée, en ce sens que si « tout » a été dit par le Christ et si Dieu n’a désormais aucune raison de nous envoyer de nouveaux prophètes, en revanche Dieu continue à se manifester en faisant agir l’Esprit dans le monde.
L’Eglise considère donc que nous ne serions pas plus proches de la volonté de Dieu en revenant aux modes de vies des premiers Chrétiens : elle estime au contraire qu’avec le temps nous nous rapprochons de Dieu et que notre compréhension de sa volonté s’accroît avec le temps, parce que nous pouvons être inspirés par Lui.
On peut comprendre ainsi qu’un dogme récent (comme l’Immaculée Conception) a autant de légitimité en principe qu’un dogme plus ancien.

Le second élément nous explique pourquoi face à certaines problématiques actuelles, il ne faut pas compter sur un changement de la part de l’Eglise : celle-ci, notamment à travers son premier évêque (le Pape), doit en permanence se demander quelle serait la position de Jésus face au problème.
Et c’est dans cette optique qu’elle traduit non pas des directives, mais des directions.

Et les pécheurs ?

Qu’advient-il des violeurs, des femmes ayant pratiqué un IVG, des jeunes ayant utilisé des préservatifs pour une relation d’un soir, etc. ?
L’Eglise est toujours très claire : elle accueille. Elle accueille ceux qui depuis toujours, ou pendant trois heures, ont refusé le projet proposé par Dieu.

Elle va d’ailleurs au-delà : elle accueille aussi les chrétiens orgueilleux qui se croient au-dessus des autres et se drapent de leur pureté comme le roi de ses vêtements dans le conte d’Andersen.

Elle les accueille sur le principe de la Parabole des ouvriers de la onzième heure (Mt XX) : toute personne qui revient à la fin de sa vie sur le chemin a droit à la même récompense que ceux qui ont oeuvré pour Dieu depuis leur naissance.

Elle les accueille aussi sur l’idée que nul n’a le droit de juger ni de condamner, et que seul celui qui pèche se condamne lui-même.
Elle y ajoute une réflexion sur le degré de liberté de la personne qui dévie, saint Thomas d’Aquin (au XIIIe siècle) déjà assurant que, s’il lui semblait mal de croire à la virginité de Marie, il devrait ne pas y croire et serait pur aux yeux de Dieu.

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