J’ai regardé récemment Sister Act (oui, j’avais le choix entre Gran Torino et Sister Act, mais quand c’est pour faire du repassage, j’ai besoin de n’être pas trop sollicité intellectuellement).

J’ai découvert que s’y étaient glissées (sans aucune mauvaise intention) deux idées très fausses et très répandues.

1. Le couvent n’est pas un refuge pour jeunes femmes effrayées

On y entend Maggie Smith (la mère supérieure) expliquer à Woopie Goldberg que les habits des religieuses ne les protègent plus des dangers de ce monde, mais que les murs du couvent peuvent encore assumer ce rôle.

Cette affirmation laisse entendre que les religieuses qui sont venues ici ont, d’une certaine manière, été repoussées ou effrayées par le monde jusque dans le refuge du couvent, pour y trouver enfin asile.

L’Eglise ne refuse pas l’asile quand on le lui demande — sauf s’il se voile de l’apparence d’une vocation. Les couvents et les séminaires, même si on admet l’idée qu’ils puissent être « en crise » (concept à définir, d’ailleurs), n’acceptent pas n’importe qui pour gonfler leurs effectifs.

Cela ne signifie pas qu’il y ait un filtre comme dans les lycées cherchant à obtenir du 100% d’obtention au bac. Mais il faut que la personne qui y pénètre s’y sente appelée.

Ce n’est pas par le refus de certaines réalités que les religieux et religieuses entrent au couvent, mais par le choix d’autres réalités. La dynamique en est toute différente.

Du reste, dans le film, aucune des bonnes soeurs du couvent en question ne laisse percer le moindre signe de crainte envers le monde extérieur. Comme quoi le ton général n’en est pas si erroné. Mais comme cela correspond à un certain regard porté sur les couvents, que j’ai déjà rencontré, je tenais à le signaler.

L’Eglise ne sert pas « à quelque chose » : elle est au service

Ensuite, il y a dans le film un basculement dans la vie du couvent, lorsque les soeurs se mettent à entrer en contact avec la population alentour.

Il est vrai que le quartier est pauvre, défavorisé, sale, les jeunes y semblent désoeuvrés et laissés à eux-mêmes. Bref, des personnes qui prétendent se consacrer à Jésus (et donc aux autres : Cf. Mt, XXV, 34 et suiv.) ont mieux à faire qu’à rester enfermées chez elles, bien au chaud.

De fait, lorsqu’on fait le bilan de l’histoire de l’Eglise, on peut être tenté d’évaluer ce qu’elle a fait de bien, et ce qu’elle a fait de mal. Pour en conclure : voilà toute son histoire dans les siècles passés. On ira donc ainsi de l’inquisition au CCFD (quand on aura la bonté ou l’honnêteté de voir un lien entre l’Eglise et le CCFD, ce qui n’est pas toujours évident).

Sauf que

Sauf que l’Eglise n’est pas là pour « faire quelque chose » : elle est là pour transformer ce qui existe.

Pour le comprendre, il faudrait déjà avoir une vision claire de ce qu’est l’Eglise. Pour l’instant, je vais en rester à ce que je disais dans ce billet : L’Eglise est la manière qu’ont ceux qui croient et Jésus de l’aimer et le prier, d’une manière qui a pris une certaine forme dans le temps (l’histoire de l’Eglise, avec l’élaboration progressive des institutions, etc.).

(je précise bien que ce n’est pas là tout ce qu’est l’Eglise — mais c’est déjà une façon de s’en approcher)

L’Eglise émane d’une volonté de Jésus (sa dénomination, quelle que soit la projection qu’Il en faisait, est bien présente dans les Evangiles), et d’un besoin de ses fidèles, qui voient bien qu’on ne peut être un bon chrétien en restant seul.

L’Eglise, c’est la communauté des croyants qui se donnent les moyens d’exister comme communauté (en commençant par s’efforcer de définir qui en fait partie ou non, par exemple).

C’est pour cela que l’Eglise existe : pour permettre à toute personne qui veut suivre le Christ d’être vraiment chrétienne, de grandir dans la foi, de rencontrer Dieu.

L’Eglise ne sert à rien

Pour comprendre en quoi (de quelle manière) elle intervient au premier chef dans l’histoire de l’humanité, on peut se rappeler (pour ceux qui la connaissent déjà) ou découvrir cette sorte de parabole (il y a plusieurs variantes — je vais faire court) :

Trois artisans sur un chantier au XIIIe siècle, faisant rigoureusement le même travail. On demande au premier : « Que fais-tu ? — Moi ? Je frappe  sur une pierre avec une masse ». Puis au second, qui répond : « Je taille une pierre ». Et le troisième : « Je prends part à la construction d’une cathédrale ».

L’Eglise, comme communauté des chrétiens, est là pour que chacun voit chaque acte de sa vie de tous les jours, transformé par la foi. (Et quand je parle de « communauté », cela relève plutôt de la terminologie musulmane avec la notion de communauté des croyants : la Bible et l’histoire de l’Eglise parlent plutôt de peuple de Dieu, peuple de baptisés)

C’est à cette aune-là, en tant qu’elle facilite l’accès à Dieu et transforme le quotidien de chacun de ses membres, qu’elle doit être évaluée dans sa dimension historique.

On me dira alors : « Aujourd’hui, elle semble plutôt un obstacle à beaucoup, un rempart entre Dieu et les hommes ».

Il est possible qu’elle semble être cela. Mais je ferai tout de même trois remarques :

  1. Ceux à qui elle semble rempart, qui sont-ils, à une époque ou 58% des « catholiques » croient à la résurrection du Christ ? Qu’attendent-ils de l’Eglise si déjà ils n’attendent rien de Dieu ?
  2. Ce qu’est l’Eglise aujourd’hui s’est élaboré en réaction de protection face à des dangers anciens (chacun des dogmes est une manière de clore des débats qui divisaient plus la communauté des chrétiens qu’ils ne lui apportaient une meilleure connaissance de Dieu)
  3. Que l’Eglise puisse paraître un obstacle pour certain, ses principaux membres (évêques, prêtres) en sont conscients et cherchent de nouvelles voies pour redevenir le chemin vers Dieu. Mais ces voies ne s’inventent pas en quelques mois, et leur justesse ne peut être évaluée par des critères issus simplement de la société « civile et laïque ».

L’Eglise sert

En étant membre de l’Eglise, le chrétien approfondit sa foi et sa vie spirituelle, il transforme le regard qu’il porte sur les choses et les êtres — il transforme les choses et les êtres eux-mêmes (… ou il devrait !).

Et c’est lorsqu’il a posé cette première étape qu’il peut se mettre au service du monde. La position de serviteur est la position naturelle du chrétien, la seule qu’il puisse adopter, et ce à n’importe quel niveau dans l’échelle sociale (le pape reste « le serviteur des serviteurs de Dieu », servus servorum Dei).

Mais l’action sociale, par exemple, n’est pas le premier objectif de l’Eglise, ce n’en est que la conséquence logique et naturelle. Un chrétien qui aurait trop à faire pour prier, se viderait de ce qui fait de lui un chrétien.

J’ai eu la chance d’être bercé toute une année par cette phrase de saint Jean Chrysostome :

La prière est la lumière de l’âme

Elle mérite d’être méditée. Longuement.

NB : Je n’ai mentionné que la « relation » entre l’Eglise et les hommes et femmes qui la composent. Il est évident que dans la théologie catholique, elle  a aussi une « relation » à Dieu qu’il me faudra bien évoquer un jour ou l’autre…

J’avais laissé en plan (refoulement inconscient, sans doute) un point important soulevé par Bashô, qui écrit, à propos de l’Eglise : « Elle est dans une place seconde par rapport à Dieu. »

Je n’ai pour le moment ni le temps ni les compétences (mais je vais creuser !) pour pouvoir répondre à cela de manière exacte — et en manière d’ecclésiologie je redoute toujours l’à peu près !

Néanmoins je dois tout de même dire que cet apparent choix (Dieu ou l’Eglise) ou cette hiérarchie des valeurs est en réalité mal posée.

Pour faire bref et simple (pour l’instant), je dirais que c’est comme de dire : « Le pouls, c’est très important, mais ce qui importe en premier, c’est le coeur ! »

Il faudra décidément que je prenne le temps de définir l’Eglise. Mais à ce stade, ce que je peux en dire : L’Eglise est la manière que l’homme a de se mettre en relation avec Dieu. Ou : L’Eglise est le chemin que Dieu propose à l’homme pour venir à lui.

Voyez notamment la glose que Koz fait sur la phrase : « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Eglise qui est venue ».

C’est cela, l’Eglise : la manière qu’ont ceux qui croient au Christ de se réunir pour le prier et l’aimer.

Promis, j’essaierai de faire plus long la prochaine fois.

J’ai enfin pris le temps de répondre à Bashô. Cela aurait même mérité un billet, car j’ai dangereusement essayé de répondre en commentaire sur des questions que je trouve extrêmement complexes à aborder (à comprendre d’abord, pour moi-même, puis à exprimer). Les esquisses peuvent engendre plus d’incompréhensions que le silence.

Bon, j’ai pris le risque…

Je profite de son commentaire pour faire malgré tout un billet, car il y évoque saint Pierre qui renie Jésus trois fois (selon une formulation qu’enfant, d’ailleurs, j’ai toujours trouvé tordue : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois », Mc, XIV, 30 — heureusement que Matthieu a une version plus simple).

Ce triple reniement me renvoie à une découverte qui m’a mis en joie récemment, grâce au livre de Timothy Radcliffe :

T. Radcliffe, Pourquoi aller à l’église ? : l’eucharistie, un drame en trois actes. Paris: les Éd. du Cerf; 2009.

Souvenez-vous ce passage de l’évangile selon saint Jean (Jn, XXI, 15-17), ou Jésus demande par trois fois à Pierre s’il l’aime.

Cela se passe après la Résurrection (juste après la pêche miraculeuse).

J’avais depuis longtemps entendu (dans des homélies notamment) que dans le texte grec de cet évangile Jésus n’utilisait pas le même verbe les trois fois, mais un verbe signifiant « Aimer » et un autre signifiant « Aimer absolument, complètement et de manière inconditionelle ».

Radcliffe m’a enfin permis de savoir dans quel ordre :

  • La première fois, Jésus demande : « Pierre, m’aimes-tu absolument« . Pierre lui répond : « tu sais bien que je t’aime. » Pierre aime donc Jésus comme il en est capable, comme un homme peut aimer un autre homme, mais pas comme Dieu aime les hommes (et pas comme Jésus aime ses disciples).
  • La seconde fois, Jésus demande encore : « Pierre, m’aimes-tu absolument« . Et Pierre lui répond encore, désolé mais tout de même sincère : « Seigneur, je t’aime » (mais pas plus).
  • Alors, Jésus demande enfin : « Pierre, m’aimes-tu » et Pierre lui répond : « oui, je t’aime ».

Pour la troisième question, Jésus renonce donc à demander à Pierre un amour absolu et infini : il se place à sa hauteur, il demande à Pierre de l’aimer et accepte cet amour-là, Pierre étant incapable de lui offrir mieux.

Dieu accepte les pauvres choses que nous sommes capables de lui offrir. Cette capacité de Dieu à m’en contenté m’a réjoui et soulagé longuement. Alors oui, ces petits actes que nous faisons au quotidien, toute notre vie cachée, peu glorieuse, laborieuse — oui, elle a de la valeur aux yeux de Dieu. Bien sûr, il nous demande davantage : il nous demande tout (Mc, X, 21 : « va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres »), mais il ne considère pas comme négligeables les petites choses que nous sommes prêts à donner.

Il attend patiemment que nous soyons capables de donner davantage (chacun chemine à son rythme) : Pierre, le jour de la pêche miraculeuse, n’est pas prêt à offrir plus. Mais plus tard,

« quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. » Il dit cela, indiquant par quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. (Jn, XXI, 18)

Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit une seconde fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit pour la troisième fois : « M’aimes-tu ? » et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. »

On en parle notamment chez les Sacristains, dans La Croix et dans le Pélerin.

La manière dont ce genre d’information relance un débat déjà récurrent est connue : un sondage, témoignant d’une insatisfaction des catholiques devant l’attitude de l’Eglise.

Je ne vais pas rentrer dans une argumentation raisonneuse : ces personnes divorcées vivent des situations de tensions, et la meilleure chose à faire, c’est qu’elles se sentent accueillies dans la communauté de l’Eglise.

Mais j’aimerais reprendre la question de la méthode face à ces insatisfactions :

  1. l’Eglise, dans la manière dont elle est perçue à travers ces sondages, est perçue comme pourvoyeuse de services
  2. les sacrements (comme le mariage et l’eucharistie) ne sont pas des prestations de droit. Je ne veux pas dire par là qu’il faut les refuser, je veux dire qu’ils émanent d’une autre logique, celle de Dieu qui se donne. Dieu qui se donne, cela ne signifie pas le droit de le réclamer
  3. Depuis Job, Dieu nous autorise néanmoins le droit de se plaindre

Mais passée cette plainte, il faut trouver une démarche constructive. Voici ce qui me semble une évidence : si quelque chose me frustre ou me mécontente dans l’Eglise, je ne vais pas d’abord et seulement m’en plaindre, je vais surtout aller voir un prêtre pour en parler avec lui.

Si vous ne comprenez pas pourquoi le Pape a dit telle chose, pourquoi telle personne est excommuniée et telle autre non, etc., en dépit de la crise des vocations il reste suffisamment de prêtres en France pour pouvoir en trouver un pas trop loin de chez soi.

Aller voir un prêtre pour en parler, cela ne signifie pas y aller pour lui faire entendre raison, pour escompter sortir de l’entretien en ayant fait changer l’Eglise sur ses positions initiales.

Aller voir un prêtre, cela signifie accepter l’idée de, d’abord, me mettre à l’écoute de ce qu’il a à me dire, lui laisser la possibilité de m’expliquer pourquoi l’eucharistie n’est pas donnée aux divorcés qui vivent de nouveau en couple, et pourquoi un second mariage religieux n’est pas envisageable.

C’est une attitude peu familière dans la société contemporaine, où nous sommes plus habitués à courir les bureaux de postes et les guichets de banque pour faire entendre nos réclamations. Là, il s’agit d’entrer dans une démarche d’écoute et d’humilité, où, au moins pendant un temps, on met ses propres envies en suspens, juste pour voir ce qu’il aurait à nous dire.

Peut-être avez-vous raté la messe du 23 août dernier ? Si vous y étiez, vous n’avez pu manquer d’entendre et d’écouter ce fameux extrait de saint Paul sur l’homme et la femme (Ep, V, 21-32) :

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps.
Eh bien ! si l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ;
il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ;
il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable.
C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin. C’est ce que fait le Christ pour l’Église,
parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture :
A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.
Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église.

Avez-vous bien lu ? « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ« .

Donc saint Paul attend de moi (à l’égard de mon épouse) le dévouement que le Christ a eu pour les hommes ?
Que je me dévoue à chaque seconde pour elle, toujours disponible ?
Que je sois prêt à marcher des heures durant, à me priver du minimum de confort, si c’est nécessaire ?
Que je sois prêt à lui laver les pieds (ou toute autre épreuve humiliante) ?
Que je sois prêt à mourir pour elle ?
Bref, que je lui voue un amour sans limite, à l’image de l’amour que Jésus a eu pour nous ?

Et mes droits d’individu ? Et mes propres plaisirs ? Et mon propre temps libre ?

Face à une telle charge que saint Paul confie à l’époux, la femme a beau jeu de se dire : « un amour si grand ? aucun problème, je m’y soumets » !

Précision : ce billet n’a pour mission que de faire ressortir que saint Paul n’était pas misogyne, et que ce qu’il attend de l’homme rend la « soumission » (c’est-à-dire l’acceptation d’une telle attitude) de la femme évidente, naturelle. Une femme qui refuserait un tel époux ? ce serait scandaleux !

Ce présent billet vient à l’occasion (mais non en réponse) du billet de Tristan Nitot sur les tabous de l’écologie. Nitot a toute mon admiration pour son action en faveur de l’écologie d’une part et de Firefox d’autre part. Sur le point qui m’intéresse, je ne vais pas aller contre ce qu’il affirme (trop gros dossier pour le moment), mais corriger une erreur trop commune.

Voici ce qu’il écrit :

4. J’ai gardé le plus tabou pour la fin : Il faut faire des enfants. Que les choses soient claires : j’ai deux enfants, je les adore, et je suis ravi de les avoir ! Mais voilà, dans notre société, il faut avoir des enfants. C’est la norme. Si possible plus de deux. Pourtant, avoir un enfant de moins est 20 plus efficace pour réduire les gaz à effet de serre que toute une vie à utiliser des ampoules basse consommation ou un véhicule hybride. Et on a le tabou ultime, car on combat la parole divine, via le premier livre de la genèse, « Croissez et multipliez », reprise par le Pape Jean-Paul II.

Cette affirmation écologique part d’un prémisse implicite qui est : « l’Eglise nous dit de faire des enfants ». S’ensuit la réflexion suivante : il est difficile d’aller contre ce que dit l’Eglise, mais n’ayons pas peur de l’affirmer haut et fort, faire beaucoup d’enfants est nuisible à l’écosystème.

Je passe sur le fait qu’il n’est finalement pas si dangereux que cela d’aller contre ce que dit l’Eglise. Il est même plutôt difficile d’appuyer son discours quand on est un laïque. Mais je veux revenir sur le prémisse implicite, basé sur la citation bien connue de la Genèse : « Croissez et multipliez ».

En réalité, l’idée que l’Eglise nous dit de faire des enfants a 3 fondements :

  1. la citation de la Genèse, facile à retenir (courte, de forme injonctive)
  2. le fait que les familles nombreuses, quand elles ne sont pas d’origine immigrées, sont souvent de foi chrétienne.
  3. le fait que les enseignements de l’Eglise sont nuancés (ils ne sont pas complexes, ils sont nuancés)

Croissez et multipliez

Je le confesse : l’expression est effectivement dans la Genèse (Ge, I, 22). Soit dit en passant, Dieu s’adressait alors au seul homme et à la seule femme de la Création. Son invitation était donc on ne peut plus légitime à l’époque.

Cela dit, les théologiens chrétiens de tous les siècles n’ont jamais cherché à faire une application littérale de la Bible comme d’un texte de loi. La lecture qui est faite des Ecritures a toujours été enrichie d’une réflexion propre à chaque époque, pour aller vers une meilleure compréhension de ce qui nous y est dit de Dieu.

Les familles nombreuses chrétiennes

  • on notera que si une famille nombreuse est souvent chrétienne, tant s’en faut qu’une famille chrétienne soit toujours nombreuse.
  • il faut connaître bien mal les catholiques pour s’imaginer que, simplement parce que l’Eglise leur dit de faire quelque chose, ils s’en empressent aussitôt. Donc quand bien même l’Eglise dirait de faire des enfants (ce qu’elle ne dit pas !), cela ne suffirait pas aux catholiques pour se mettre à pondre de bons petits catholiques par milliers. A titre d’exemple, l’Eglise invite à la chasteté1 avant le mariage — et les prêtres préparent au mariage presque uniquement des couples vivant déjà ensemble.

Juste comme ça : Et si les chrétiens avaient plus d’enfants que la moyenne, parce que leur foi suscite en eux l’amour des enfants et de la famille ? J’aimerais vous convaincre définitivement du rapport entre la foi et l’amour.

Mais que dit l’Eglise ?

L’Eglise invite à deux attitudes :

  1. un accueil de la vie
  2. une sexualité responsable (et une parentalité responsable aussi).

1. L’accueil de la vie

Lors de la cérémonie de mariage, le futur époux et la future épouse doivent s’engager sur ce qui est appelé les quatre piliers du mariage :

  1. l’engagement conjugal est libre et non contraint (la liberté peut être entravé par une pression extérieure, mais aussi par une trop grande immaturité)
  2. le mariage sera indissoluble
  3. les époux seront fidèles l’un à l’autre
  4. ils s’engagent à accueillir la vie

« Accueillir la vie » désigne généralement les enfants. Pour un couple stérile, ce peut être une adoption, ou une activité particulière visant à ne pas laisser le couple s’enfermer sur lui-même, mais s’épanouir en direction du monde.  Cet engagement vise à s’opposer à une attitude du couple qui refuserait par principe d’avoir des enfants (avant même d’avoir essayé), qui révèlerait ainsi une certaine fermeture au monde.

« Accueillir la vie », cela signifie n’en pas maîtriser complètement la chaîne de production, mais accepter les enfants que Dieu confie au couple. Vous pourrez dire que ça revient au même, mais la perception que l’on a de son rôle de parent (en tant que responsable d’un trésor qui vous est confié) me semble tout de même différent. Cette perception induit aussi une attitude différente relativement à l’avortement : la femme est maîtresse de son corps, mais pas de la vie de l’enfant qu’elle porte.

Mais le discours de l’Eglise ne s’arrête pas là. S’il s’arrêtait à l’accueil de la vie, on pourrait effectivement le comprendre comme étant une invitation à avoir des relations sexuelles régulières et visant toutes à la procréation. Outre que l’Eglise célèbre le rôle de la sexualité comme union intime et constitutive du couple (j’ai entendu parler un prêtre de l’union sexuelle comme d’une liturgie, c’est-à-dire comme acte rendant Dieu présent), elle insiste aussi sur une sexualité responsable.

Une sexualité responsable

Par cette notion, les chrétiens sont conviés à avoir le nombre d’enfants qu’ils se savent capables d’assumer. Si un couple se sent « à bout » après un enfant, un prêtre leur conseillera sans doute de s’arrêter là.

La sexualité responsable est donc une parentalité responsable : le couple doit avoir une sexualité liée à la parentalité qu’ils peuvent envisager. Cela n’exclut nullement d’avoir des relations sexuelles ne visant pas la procréation. Mais c’est une critique d’une sexualité non consciente, où les époux ne se demanderaient pas de savoir si un enfant peut naître de l’union, et s’ils sont capables de l’élever correctement.

Je ne vais pas embrayer sur un exposé de la méthode Billings, méthode que l’Eglise propose aux époux pour vivre cette sexualité responsable, c’est-à-dire consciente de ses conséquences. C’est une méthode basée sur l’observation simple du cycle féminin. Elle ne coûte rien, ne nécessite pas d’ingérer des produits chimiques, et permet de connaître aussi bien les cycles de fertilité que d’infértilité de la femme. Elle permet donc une meilleure connaissance du corps féminin, et vise à une meilleure maîtrise de ses propres pulsions.

Conclusion

J’ai effleuré un certain nombre de dossiers portant à polémique, sans pouvoir vraiment m’y attarder comme ils le méritaient. Je n’ai même pas discuté la (pro)position de Tristan Nitot.

Je rappelle que mon seul objectif était de revenir sur cette affirmation commune selon laquelle l’Eglise nous dirait d’avoir des enfants. Ce point-là ne relève pas d’une discussion, mais d’une connaissance de son enseignement.

Tristan Nitot renvoie également à  un billet d’août 2007 critiquant la position de Jean-Paul II. Ce billet s’intitule « Croissez et multipliez » et cite Jean-Paul II dans le texte pour y critiquer une position qui ne s’y trouve pas. Ce que conteste Jean-Paul II, c’est que des Etats mènent une politique répressive à l’égard des couples (par exemple sous forme d’avortements contraints), que ce soit au nom de l’écologie ou d’autres motifs. Ce qu’il réclame, c’est que les couples soient libres de « décider du nombre de leurs enfants », pas qu’ils en fassent le plus possible.

Enfin, et ceci pourrait permettre d’arriver à une vue commune si nous nous comprenons mieux : une parentalité responsable pour un couple chrétien peut aussi consister à tenir compte de l’environnement dans lequel les parents vont élever l’enfant. Une inquiétude forte vis-à-vis du réchauffement climatique pourrait en réfréner plus d’un.

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1. C’est promis, je vous parlerai un jour de la différence entre chasteté et abstinence.

Je l’écrivais ici : vu de l’extérieur, n’importe qui peut ressembler au Mal incarné.

Du coup, on est prêt à croire n’importe quel propos de la part de Benoît XVI. Et n’importe quel extrémisme de la part de musulmans.

En commentaire, Tigreek se demandait comment « quel discours on peut avoir pour contrer cette intolérance ». Voici la réponse : au lieu de considérer ces communautés de l’extérieur, lisez un peu ce qu’elles écrivent elles-mêmes d’elles-mêmes.

Ainsi, la Malaisie interdit désormais à tout non-musulman de prononcer le mot « Allah ». J’entends déjà les conclusions : voyez où nous mène l’Islam, à toutes les intolérances…

C’est ce que la lecture de ce genre de billet (tiré du Figaro) incite à faire (attention : je ne prétends pas que son auteur le fait lui-même. Je constate simplement que les commentateurs du site du Figaro sont remarquables pour cela, et même caricaturaux).

Je vous propose de changer de source, et voir ce qu’en disent des musulmans français.

Voilà. Ce que nous devrions faire pour favoriser la compréhension mutuelle ? Ne pas lire que des sources franco-catholiques… Personnellement, je suis abonné aux fils RSS des sites suivants (je compte bien allonger progressivement cette liste) :

Attention : je ne recommande pas ces sources, j’explique simplement où j’en suis, j’explique ma démarche. Je ne connais pas les différentes mouvances musulmanes qui peuvent exister en France et à laquelle chacun de ces sites se rattache. Après quelques recherches je suis tombé sur celles-là, et je découvre progressivement, au gré des actualités.

Si vous en avez d’autres à me recommander, je suis preneur.

Le sondage publié ici a failli me faire écrire un billet sur l’euthanasie en général. Mais à la réflexion je n’ai aucune lumière spécifique à apporter au débat.

En revanche je voudrais revenir sur ce film magnifique de Clint Eastwood : Million Dollar Baby. Clint Eastwood est un immense cinéaste, qui a l’intelligence cinématographique : je veux dire par là qu’il ne pourrait mieux développer ses idées autrement que sous la forme de films. En l’occurrence, il s’agit d’une pensée en mouvement, une pensée ouverte, qui laisse le spectateur troublé et perplexe face au problème de l’euthanasie.

Million Dollar Baby est l’histoire d’une femme (Hillary Swank, déjà extraordinaire dans Boys don’t cry) qui se consacre complètement à la boxe, coachée par un vieil entraîneur grincheux (Clint Eastwood). Au passage, celui-ci se pose d’ailleurs pas mal de questions sur la religion, et son pasteur n’arrive pas à lui donner des réponses satisfaisantes. Suite à la traîtrise d’une boxeuse, Hillary Swank se retrouve tétraplégique, et le projet qui avait fait toute sa vie (devenir championne de boxe) s’effondre, et tout son avenir avec lui.

Dans l’incapacité de se suicider (puisque paralysée), elle obtient finalement de Clint Eastwood qu’il l’aide à mourir.

Deux lectures de ce film sont possibles (d’où la notion de « pensée ouverte ») :

1. La première que j’ai eue, c’est la vision d’un destin dramatique, brisé, qui met en avant la douleur insupportable de cette existence, et justifie son désir de mourir. Il conforterait ainsi les pro-euthanasie.

Je pense que la majorité des spectateurs se sont arrêtés à cette interprétation (qui existe effectivement dans le film).

2. Mais à la seconde réflexion j’y ai vu autre chose : après l’accident, une relation d’amitié très forte se noue entre l’entraîneur et la boxeuse, deux êtres qui étaient jusque là très seuls dans leur vie. Clint Eastwood essaie de convaincre Hillary Swank qu’il faut vivre, et, échouant, accepte de l’aider.

Mais on peut donc voir dans ce film une femme ayant eu un objectif — devenir une championne de boxe — qui l’empêchait de nouer des relations authentiques avec les autres : elle était dans un combat perpétuel contre le monde. Son accident lui aurait permis, si elle avait accepté de renoncer à son rêve pour en faire d’autre, de construire une nouvelle existence, plus relationnelle, peut-être plus heureuse.

Cette paraplégie créait en quelque sorte les conditions de son bonheur (le « vrai », celui auquel invite le christianisme) en lui interdisant toutes les autres routes.

Je n’en conclus pas qu’il faudrait l’envier et souhaiter la paraplégie. Je comprends évidemment que l’on puisse avoir envie de mourir — et face à une telle situation, il serait inconcevable de faire la morale au lieu d’accompagner aussi loin que possible. J’en conclus en revanche qu’une souffrance peut être une grâce, c’est-à-dire qu’une souffrance peut être source de quelque chose de positif, à condition d’accepter de le voir.

Un chemin de vie reste possible.

J’ai entendu à deux reprises ce matin, dans le journal de 8 heures sur France Inter, que « les Juifs » attendaient les excuses du Pape sur les propos de Mgr Williamson à l’occasion de son voyage en Terre Sainte.
Outre que j’ignore le taux de représentativité d’une telle attente, j’insiste sur ce que j’ai dit hier : Mgr Williamson n’est pas dans l’Eglise.
D’ailleurs, je ne devrais même pas l’appeler « Mgr Williamson » puisque son ordination n’est pas reconnue.
Donc Richard Williamson dépend autant du Pape que le partriarche (orthodoxe) de Constantinople.
J’ignore ce que Benoît XVI a l’intention de dire ou faire, mais s’il peut être désolé pour les propos de Williamson, il peut difficilement s’excuser en son nom — au risque de laisser entendre que l’évêque intégriste a bien été réintégré (oups !) dans l’Eglise catholique.
Ce serait un peu comme si Ségolène Royal s’excusait au nom de Sarkozy…

Je sais, la levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes date un peu (mi-janvier 2009) mais le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte relance les discussions autour de Mgr Williamson. Si bien que je me demande ce qu’attendent ceux qui critiquent la levée de l’excommunication : il me semble que, explicite ou non, leur aspiration serait finalement que Mgr Williamson au moins (à défaut des trois autres) soit de nouveau excommunié.

Que doit faire le Pape en apprenant que Mgr Williamson est négationniste ?

1. Puisqu’il a été mal informé pour prendre sa décision, il est logique qu’il sanctionne celui ou ceux qui l’ont mal informé. C’est ce qui s’est passé : l’évêque colombien Castrillon Hoyos  a « perdu son boulot », comme le dit le Père Kubler sur France Inter (à la 14e minute).

Soit dit en passant : j’attends du Pape qu’il passe beaucoup de temps à prier, plus en tout cas qu’à surfer sur Internet pour trouver des infos sur ses évêques et vérifier la qualité des dossiers qu’on lui donne. Et nous voyons bien que ce problème n’est pas propre au pape : nos députés qui doivent voter sur le téléchargement illégal sont en grande difficulté pour définir le peer-to-peer.

A noter également : Mgr Hoyos affirme lui-même qu’il ignorait les propos négationnistes de Mgr Williamson. La différence est que lui aurait dû le savoir.

2. Ensuite, le Pape doit réaffirmer être opposé au négationnisme comme affirmation historique. Ce qu’il fait le 2 février, 10 jours après la levée des excommunications.

3. Réexcommunier Mgr Williamson ?

Avant de se poser la question, il faut comprendre pourquoi on excommunie quelqu’un.

L’excommunication ne doit pas se concevoir en premier lieu comme la sanction face à une faute.

Croire que l’excommunication est une punition, c’est croire qu’une léproserie est le châtiment du lépreux.

Une des origines de l’excommunication peut se trouver dans l’évangile selon saint Matthieu, chap. V, 29-30 (Mt V, 29-30) : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. »

L’excommunication est une mise à l’écart de la communauté des chrétiens, pour éviter une contamination. L’objectif double est de préserver les fidèles qui le restent (fidèles) et de susciter chez la personne ainsi mise au ban le désir de revenir. Saint Augustin explique même que si l’excommunication n’a aucune chance de ramener l’hérétique, il est inutile de l’excommunier : il dit qu’il peut être bénéfique d’excommunier une brebis malade, mais que si la moitié du troupeau est atteinte, il vaut mieux n’excommunier personne mais essayer de les guérir en les gardant à l’intérieur de l’Eglise.

La levée de l’excommunication des quatre évêques était voulue comme la preuve de bonne volonté de la part du Vatican, qui voulait prouver son désir ardent de résoudre ce schisme lefebvriste, source de « scandale » (c’est-à-dire contre-témoignage de l’amour de Dieu). C’est plutôt une preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit dans des pourparlers que de baisser la garde le premier, et faire confiance à son interlocuteur…

En outre, levée ne signifie par réintégration dans l’Eglise. Quand un laïc est réintégré, celui lui donne le droit de recevoir les sacrements. Quand un ecclésiastique est réintégré, cela lui donne le droit de dispenser ces sacrements. Ces hommes (qui ne sont pas reconnus « évêques ») sont tout simplement « non-excommuniés », comme des millions de gens dans le monde (musulmans, bouddhistes, athées, etc.).

Une fois cette levée prononcée, une nouvelle excommunication n’aurait eu aucun sens — sauf à (ré)conforter l’opinion publique, c’est-à-dire à donner de l’importance à une conception fausse de l’excommunication.

A moins d’excommunier tous les négationnistes (chrétiens et non chrétiens) ? Et tous les mal pensants ? Et tous les pécheurs ? Bref, cette voie me semble sans issue : est-ce la bonne réaction pour résoudre ce genre de problèmes ?

En conclusion, je ne vois pas autre chose à dire que : dans ce dossier, Benoît XVI est irréprochable (à défaut d’être infaillible !)

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